{"id":2425,"date":"2023-08-11T13:48:42","date_gmt":"2023-08-11T13:48:42","guid":{"rendered":"https:\/\/ame43.org\/extraits-des-deux-journaux-de-manya-hartmayer-et-dernst-breuer\/"},"modified":"2023-08-17T13:05:50","modified_gmt":"2023-08-17T13:05:50","slug":"extraits-des-deux-journaux-de-manya-hartmayer-et-dernst-breuer","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/ame43.org\/fr\/extraits-des-deux-journaux-de-manya-hartmayer-et-dernst-breuer\/","title":{"rendered":"Extraits des deux journaux de Manya Hartmayer et d&rsquo;Ernst Breuer"},"content":{"rendered":"<div class=\"gb-container gb-container-4b478bf4\">\n\n<p>Voici deux extraits des journaux des parents de Gregory Breuer. La description des Marches par sa m\u00e8re est incluse dans son journal de 400 pages et contient des descriptions vivantes de la randonn\u00e9e dans les montagnes. L&rsquo;homme qu&rsquo;elle finira par \u00e9pouser (son p\u00e8re, qu&rsquo;elle a rencontr\u00e9 quelques mois plus t\u00f4t \u00e0 St. Martin V\u00e9subie) est rest\u00e9 sur place pour retrouver sa s\u0153ur, venue de Nice pour s&rsquo;enfuir elle aussi. L&rsquo;extrait de son journal d\u00e9crit leur randonn\u00e9e dans les montagnes pour suivre le groupe principal.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"gb-headline gb-headline-bdf2735d gb-headline-text\"><strong>Extrait du journal de Manya Hartmayer<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Chaque jour, de nouvelles rumeurs arrivaient de l&rsquo;arr\u00eat de bus via Nice. \u00ab\u00a0Die Deutschen sind da\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0Les Allemands arrivent\u00a0\u00bb. Il n&rsquo;y a pas eu un seul jour de paix. Chacun d&rsquo;entre nous \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 partir, mais pour aller o\u00f9 ? Devant nous, il y avait les puissantes Alpes qui menaient \u00e0 une autre terre \u00e9trang\u00e8re (l&rsquo;Italie). C&rsquo;est alors que tout s&rsquo;est vraiment pass\u00e9. Pendant la nuit, les soldats italiens ont quitt\u00e9 Saint-Martin. Nous nous sommes r\u00e9veill\u00e9s le matin et nos merveilleux protecteurs avaient disparu. Papa a tout de suite dit : \u00ab\u00a0Allons-y !\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai regard\u00e9 devant nous ces \u00e9normes montagnes et j&rsquo;ai dit \u00e0 papa : \u00ab\u00a0C&rsquo;est l\u00e0 que nous allons ?\u00a0\u00bb. Je n&rsquo;en revenais pas. Nous portions des v\u00eatements de ville ! Mais j&rsquo;ai attrap\u00e9 mes chaussures basses et j&rsquo;ai mis ma seule paire de talons hauts \u00e0 une ceinture autour de ma taille. Nous n&rsquo;avions emport\u00e9 que le strict n\u00e9cessaire &#8211; de la nourriture et des v\u00eatements. J&rsquo;ai cal\u00e9 Papa pour attendre Ernst, qui voulait venir avec nous. Il arriva \u00e0 la derni\u00e8re minute et nous dit de partir car il attendait son p\u00e8re et sa s\u0153ur Lisl qui venaient de Nice. Il nous rejoindrait plus tard. J&rsquo;ai suppli\u00e9 Papa de les attendre, mais il ne m&rsquo;a m\u00eame pas \u00e9cout\u00e9. Il m&rsquo;a dit : \u00ab\u00a0Allons-y !\u00a0\u00bb et c&rsquo;est tout. Comment puis-je d\u00e9crire mon \u00e9tat d&rsquo;esprit ? Je laissais derri\u00e8re moi une m\u00e8re tr\u00e8s malade dans un camp, et je me s\u00e9parais d&rsquo;un homme que vous aimez. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai quitt\u00e9 St. Martin V\u00e9subie, \u00e0 l&rsquo;automne 1943. Ce petit endroit \u00e9tait l&rsquo;endroit o\u00f9 nous nous attendions et esp\u00e9rions revoir notre m\u00e8re et trouver un peu de paix. C&rsquo;\u00e9tait un petit paradis dans un monde de fous. Quelle malchance ! Nous avons d\u00fb le quitter.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Alpes s&rsquo;\u00e9tendent devant nous. Au d\u00e9but, j&rsquo;y allais m\u00e9caniquement, comme si ce n&rsquo;\u00e9tait pas moi. Mais tr\u00e8s vite, l&rsquo;\u00e9norme traumatisme de ne pas savoir ce qui allait vous arriver a pris le dessus. J&rsquo;ai regard\u00e9 mon p\u00e8re. Son visage \u00e9tait comme du fer cisel\u00e9. Il semblait avoir perdu tout sentiment, comme un soldat au combat. La seule diff\u00e9rence \u00e9tait de se battre sans armes, et il n&rsquo;allait pas perdre cette fois. Lorsque nous sommes partis, il y avait une longue file d&rsquo;attente devant nous et de nombreuses personnes derri\u00e8re nous. Vieux, jeunes, malades, infirmes, b\u00e9b\u00e9s dans les bras de leur m\u00e8re, ils ont \u00e9t\u00e9 aid\u00e9s. Je n&rsquo;arr\u00eatais pas de penser : \u00ab\u00a0Les enfants d&rsquo;Isra\u00ebl qui sortaient d&rsquo;\u00c9gypte ressentaient-ils la m\u00eame chose que nous ?\u00a0\u00bb Mais il n&rsquo;y avait pas de Mo\u00efse pour nous guider. Nous sommes mont\u00e9s de plus en plus haut et avons perdu la notion du temps, de la raison ou de tout autre processus normal de r\u00e9flexion. La seule chose qui nous permettait de continuer \u00e0 avancer malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9norme consommation d&rsquo;\u00e9nergie \u00e9tait : \u00ab\u00a0Les nazis ne vont pas nous avoir ! La longue ligne de la cha\u00eene humaine se dirigeait vers le sommet. Je pleurais des larmes am\u00e8res en descendant, tombant sur les rochers \u00e0 chaque pas qui me s\u00e9parait de ma m\u00e8re. J&rsquo;avais un gros probl\u00e8me. Comme les chaussures plates que je portais n&rsquo;\u00e9taient m\u00eame pas \u00e0 ma taille, la semelle s&rsquo;est desserr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;avant et a sembl\u00e9 se d\u00e9tacher. Un r\u00e9fugi\u00e9 m&rsquo;a vue me d\u00e9battre et est venu avec un morceau de fil de fer pour \u00ab\u00a0r\u00e9parer\u00a0\u00bb la chaussure. Il l&rsquo;a enroul\u00e9 autour de la chaussure pour que je ne perde pas la semelle. Cela semblait aider un peu, mais pas beaucoup. Mes fr\u00e8res Sigi et Willi se sont retourn\u00e9s plusieurs fois pour donner un coup de main \u00e0 une m\u00e8re ou \u00e0 un enfant en difficult\u00e9. Chaque fois que je me retournais, je voyais mes fr\u00e8res se d\u00e9battre sur le flanc de la montagne avec la personne qu&rsquo;ils aidaient. Plus nous montions, plus nous pouvions contempler le magnifique panorama des Alpes majestueuses. Un petit lac que nous avions d\u00e9pass\u00e9 il y a quelque temps ressemblait maintenant \u00e0 une magnifique \u00e9meraude scintillant au soleil, bien en dessous de nous. Lorsque je me suis arr\u00eat\u00e9 pour reprendre mon souffle, je me suis demand\u00e9 si c&rsquo;\u00e9tait vraiment possible. Tout autour de nous, les merveilles de Dieu sont d&rsquo;une beaut\u00e9 incroyable, et nous n&rsquo;en faisons pas partie. Nous \u00e9tions des parias, des r\u00e9fugi\u00e9s, nous courions, nous courrions toujours pour sauver notre vie. Nous sommes enfin arriv\u00e9s au sommet. Nous avons rencontr\u00e9 des soldats italiens qui ne savaient pas eux-m\u00eames ce qu&rsquo;ils devaient faire. Il y avait quelques \u00e9curies primitives avec de la paille. Certains r\u00e9fugi\u00e9s s&rsquo;\u00e9croulent pour se reposer. Papa, mes fr\u00e8res et moi avons trouv\u00e9 un coin o\u00f9 nous nous sommes endormis avec la famille Hochner (Giselle Hochner \u00e9tait ma petite amie de Luchon).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9s \u00e0 l&rsquo;aube par de grands cris. \u00ab\u00a0Die Deutschen ! Les Allemands ! Les Allemands arrivent !\u00a0\u00bb Je n&rsquo;ai jamais vu un chaos aussi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 que celui qui a suivi. Tout le monde s&rsquo;est lev\u00e9 d&rsquo;un bond, comme s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 mordu par un serpent, et s&rsquo;est pr\u00e9cipit\u00e9 hors de la grange. Nous courions pour sauver notre vie. Nous nous sommes enfuis plus haut dans les Alpes. Nous avions d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9 quand j&rsquo;ai entendu M. Hochner dire \u00e0 mon p\u00e8re : \u00ab\u00a0Hermann ! J&rsquo;ai oubli\u00e9 mon mouchoir dans la paille, avec toute ma fortune dedans. \u00ab\u00a0Il l&rsquo;avait mis sous la paille pr\u00e8s de sa t\u00eate, rempli de bijoux et d&rsquo;argent, et dans la panique l&rsquo;avait laiss\u00e9 derri\u00e8re lui. L&rsquo;homme \u00e9tait d\u00e9vast\u00e9. \u00ab\u00a0Il ne cessait de r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab\u00a0Comment vais-je garder ma famille en vie ? Le reste du voyage a \u00e9t\u00e9 un cauchemar. Lorsque nous avons finalement atteint le sommet, certaines personnes ont tout simplement abandonn\u00e9 et sont retourn\u00e9es sur leurs pas. Des rumeurs circulaient selon lesquelles les nazis nous attendaient de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Mais nous avons continu\u00e9 \u00e0 avancer. Cette fois-ci, il s&rsquo;agissait de descendre le terrain montagneux escarp\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait comme si je freinais \u00e0 chaque pas, \u00e0 travers mes jambes. Le corps en a \u00e9norm\u00e9ment souffert. Bien s\u00fbr, nous \u00e9tions tr\u00e8s fatigu\u00e9s. Nous devions nous reposer \u00e0 intervalles fr\u00e9quents. Je devenais une machine que l&rsquo;on remontait pour courir comme les enfants remontent un jouet pour sauter ou courir. Il n&rsquo;y avait plus aucun sentiment en moi. Enfin, nous avons pu apercevoir une autoroute en contrebas. Tout \u00e0 coup, je me suis retrouv\u00e9e \u00e0 marcher sur cette m\u00eame autoroute. Mes chaussures avaient fini par c\u00e9der et j&rsquo;ai d\u00fb les jeter. Les chaussettes en laine blanche que je portais et que j&rsquo;avais tricot\u00e9es moi-m\u00eame \u00e0 St. Martin, assez fantaisistes avec de beaux motifs floraux que j&rsquo;avais ajout\u00e9s de part et d&rsquo;autre, ont rapidement \u00e9t\u00e9 recouvertes de salet\u00e9 et de sang. Je m&rsquo;\u00e9tais bless\u00e9 aux genoux et aux mollets sur des rochers tr\u00e8s pointus. C&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9ritable g\u00e2chis. C&rsquo;est dr\u00f4le, je n&rsquo;ai rien senti. Tout ce que je voulais, c&rsquo;\u00e9tait m&rsquo;allonger. Il y avait des gens devant et derri\u00e8re nous. Papa \u00e9tait de mon c\u00f4t\u00e9. Willi et Sigi \u00e9taient devant nous. J&rsquo;ai lev\u00e9 les yeux. O\u00f9 allons-nous ?<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a dit un mot. C&rsquo;\u00e9tait le cr\u00e9puscule et j&rsquo;ai enfin regard\u00e9 les gens autour de nous. Il y avait des femmes avec des enfants, des b\u00e9b\u00e9s dans les bras, des hommes et des femmes \u00e2g\u00e9s, et j&rsquo;ai vu un homme de grande taille avec un sac militaire sur l&rsquo;\u00e9paule, et ce qui semblait \u00eatre une jeune femme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Il y avait quelque chose de tr\u00e8s familier chez lui. Il portait une casquette \u00e0 basques, comme un soldat fran\u00e7ais. Il marchait&#8230; Oh mon Dieu ! Comme Ernst ! Je courus vers lui. \u00ab\u00a0Ernie ! Ernie !\u00a0\u00bb criai-je \u00e0 pleins poumons. En une fraction de seconde, j&rsquo;\u00e9tais dans ses bras. Sa s\u0153ur Lisl \u00e9tait avec lui. Elle avait risqu\u00e9 sa vie pour faire le voyage de Nice \u00e0 San Martin pour \u00eatre avec son fr\u00e8re. Leur p\u00e8re n&rsquo;avait pas pu venir. Ils \u00e9taient l\u00e0, juste devant moi. Ernst, bien s\u00fbr, apr\u00e8s notre d\u00e9part de Saint-Martin, a emmen\u00e9 Lisl faire l&rsquo;ascension de la montagne apr\u00e8s nous. Il demandait \u00e0 chaque r\u00e9fugi\u00e9 qu&rsquo;il rencontrait : \u00ab\u00a0Avez-vous vu Manya ?\u00a0\u00bb D&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, il s&rsquo;est retrouv\u00e9 au m\u00eame moment, sur l&rsquo;autoroute que nous avons emprunt\u00e9e, et nous nous sommes retrouv\u00e9s. Nous formions d\u00e9sormais une grande famille. J&rsquo;ai tout de suite aim\u00e9 Lisl. Elle \u00e9tait magnifique, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur comme \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Elle avait l&rsquo;air si fragile dans ses beaux v\u00eatements \u00e9l\u00e9gants, mais elle s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e \u00eatre tr\u00e8s r\u00e9sistante. Sa ressemblance avec la star de cin\u00e9ma Heddie Lamar \u00e9tait frappante. Elle avait travaill\u00e9 comme ballerine et v\u00e9cu en Italie avant la guerre. Elle parlait donc couramment l&rsquo;italien. Quelle aubaine ! Elle nous a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une grande aide. Alors que nous marchions ensemble sur la m\u00eame autoroute, des rumeurs circulaient selon lesquelles les Allemands avaient \u00e9t\u00e9 aper\u00e7us dans les environs. Beaucoup de gens ont rebrouss\u00e9 chemin. Ernst a convaincu mon p\u00e8re de se r\u00e9fugier sur une autre partie de la montagne, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la foule. Nous n&rsquo;avions aucune id\u00e9e de l&rsquo;endroit o\u00f9 nous nous trouvions. C&rsquo;\u00e9tait comme si nous nous trouvions soudain sur une autoroute et que tous les gens que nous rencontrions parlaient italien. Nous sommes partis seuls, dans une direction diff\u00e9rente de celle des autres. Nous avons recommenc\u00e9 \u00e0 monter. En haut, en haut. La pluie s&rsquo;est mise \u00e0 tomber sans discontinuer. Alors que nous nous dirigions vers nulle part, un froid glacial s&rsquo;est empar\u00e9 de nos v\u00eatements d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Mon estomac s&rsquo;est retourn\u00e9 et s&rsquo;est agit\u00e9 comme un fou. J&rsquo;avais des visions d&rsquo;un repas chaud. Je me disais : \u00a0\u00bb Si seulement nous avions quelque chose \u00e0 manger ! Ernst nous emmena de plus en plus haut. Nous avons rencontr\u00e9 des paysans. Mon papa, avec Lisl comme traductrice, a \u00e9chang\u00e9 son alliance contre un morceau de toile que nous devions tenir au-dessus de nos t\u00eates pour nous prot\u00e9ger de la pluie battante. Comme je tenais un morceau de toile tandis que la pluie ruisselait sur mon bras, nous devions \u00eatre un spectacle tr\u00e8s \u00e9trange. Nous tenions tous une toile au-dessus de nos t\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p>La pluie s&rsquo;est enfin arr\u00eat\u00e9e. J&rsquo;ai trouv\u00e9 un ruisseau. Pendant que tout le monde se reposait, j&rsquo;ai lav\u00e9 quelques unes de mes affaires et la chemise de Willi dans l&rsquo;eau glac\u00e9e. Au milieu de ma lessive, la chemise de mon fr\u00e8re, j&rsquo;ai entendu la voix de Sigi en haut de la colline. \u00ab\u00a0Manya ! Schnell ! D\u00e9p\u00eache-toi ! Nous devons courir ! Nous devons partir !\u00a0\u00bb Et nous sommes repartis en courant. Nous avons trouv\u00e9 une petite \u00e9glise vide avec de longs bancs en bois qui semblaient TELLEMENT accueillants ! Nous nous sommes tous \u00e9tendus sur eux, mouill\u00e9s et tout le reste. L\u00e0-haut, nous avons vu une ville s&rsquo;\u00e9tendre bien en dessous de nous. Plus tard, nous avons appris que le nom de la ville \u00e9tait Bergemolo. Nous avons appris plus tard qu&rsquo;un grand nombre de nos concitoyens avaient \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s et rassembl\u00e9s l\u00e0-bas pour \u00eatre expuls\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait un quartier g\u00e9n\u00e9ral nazi. Apr\u00e8s toutes les \u00e9preuves et les \u00e9vasions, la plupart ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s dans des wagons \u00e0 bestiaux vers la Pologne, Auschwitz, Birkenau, Treblinka. Les paysans nous ont d\u00e9j\u00e0 mis en garde contre ces horribles camps. Nous savions maintenant avec certitude que nous \u00e9tions en train de courir pour sauver notre vie. Pendant que tout le monde se reposait dans la petite \u00e9glise, je suis sorti et j&rsquo;ai march\u00e9 un moment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Manya Hartmayer<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"gb-headline gb-headline-a0bd313d gb-headline-text\"><strong>Extrait du journal d&rsquo;Ernst Breuer<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ils [les r\u00e9fugi\u00e9s de Saint-Martin] \u00e9taient tous partis le lendemain matin vers cinq heures en une longue colonne en direction de l&rsquo;Italie. J&rsquo;ai d\u00fb rester derri\u00e8re en attendant la voiture pr\u00e9pay\u00e9e avec mon p\u00e8re et ma s\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis mont\u00e9 sur la colline pour observer la place du village o\u00f9 la voiture ou m\u00eame les Allemands devaient arriver. \u00c0 ma grande surprise, j&rsquo;ai trouv\u00e9 Charley au m\u00eame endroit, attendant Marisa, qui s&rsquo;\u00e9tait rendue \u00e0 Nice pour un traitement dentaire d&rsquo;urgence. La ville semblait vide, sans aucun bruit, contrairement \u00e0 ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 quelques jours auparavant. Apr\u00e8s de longues heures d&rsquo;attente, une voiture est enfin arriv\u00e9e. J&rsquo;ai dit au revoir \u00e0 Charley et je me suis pr\u00e9cipit\u00e9e pour rejoindre mon p\u00e8re et ma s\u0153ur. Mon p\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0, il n&rsquo;y avait que ma s\u0153ur et un couple \u00e9trange qu&rsquo;elle avait emmen\u00e9 avec elle. J&rsquo;\u00e9tais d\u00e9vast\u00e9e, d&rsquo;abord ma m\u00e8re et maintenant peut-\u00eatre mon p\u00e8re. Que faire ? Dois-je revenir en arri\u00e8re, rester ou continuer ? J&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de continuer \u00e0 avancer. Nous avons tout de suite commenc\u00e9 \u00e0 marcher et \u00e0 grimper. J&rsquo;ai remarqu\u00e9 que quelques personnes qui n&rsquo;avaient apparemment pas rejoint l&rsquo;exode au petit matin nous suivaient. Je me souviens encore de deux hommes \u00e2g\u00e9s et de deux jeunes femmes avec des enfants en bas \u00e2ge. \u00c0 un endroit particuli\u00e8rement escarp\u00e9, j&rsquo;ai port\u00e9 les enfants. Nous avons continu\u00e9 \u00e0 grimper pendant des heures. Ma s\u0153ur Lisl, qui, \u00e0 ma connaissance, n&rsquo;a jamais fait de randonn\u00e9e, d&rsquo;escalade ou de sport, \u00e0 l&rsquo;exception de la danse de salon, a \u00e9t\u00e9 un v\u00e9ritable soldat. Elle est rest\u00e9e derri\u00e8re moi sans se plaindre. Lisl et moi sommes arriv\u00e9s seuls au sommet de la montagne car les autres avaient disparu.<\/p>\n\n\n\n<p>Les soldats d&rsquo;un poste militaire gardant la fronti\u00e8re nous ont accueillis. Ils nous ont assur\u00e9 qu&rsquo;aucun Allemand ne serait autoris\u00e9 \u00e0 passer et nous ont montr\u00e9 en souriant quelques mitrailleuses et une petite pi\u00e8ce d&rsquo;artillerie. Nous avons finalement atteint le fond dans la soir\u00e9e, une toute petite zone avec des parois rocheuses, presque en ligne droite. Il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un petit sentier menant \u00e0 la zone depuis le nord et continuant sur un pont enjambant une rivi\u00e8re vers le sud. Le pont \u00e9tait gard\u00e9 par les militaires qui ne laissaient passer personne. Il y avait \u00e9galement un petit h\u00f4tel. J&rsquo;ai lou\u00e9 une chambre et Lisl s&rsquo;est entretenue avec le propri\u00e9taire, lui posant des questions et me traduisant les r\u00e9ponses. Nous avons appris que les militaires n&rsquo;attendaient qu&rsquo;un ordre de retraite.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai envoy\u00e9 LisI se reposer dans la chambre pendant que je me postais en bas pour surveiller le pont.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, au milieu de la nuit, ils sont partis. Je suis all\u00e9e chercher ma s\u0153ur, nous avons travers\u00e9 le pont et nous avons recommenc\u00e9 \u00e0 marcher. Tout \u00e0 coup, alors que ce n&rsquo;\u00e9tait pas encore tout \u00e0 fait le matin, j&rsquo;ai remarqu\u00e9 que des gens marchaient derri\u00e8re et devant nous. Et puis quelqu&rsquo;un a attrap\u00e9 Lisl qui marchait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi par derri\u00e8re, l&rsquo;a serr\u00e9e dans ses bras et l&rsquo;a embrass\u00e9e sans vraiment la conna\u00eetre. C&rsquo;\u00e9tait Manya. Nous avons ensuite continu\u00e9 \u00e0 marcher ensemble jusqu&rsquo;\u00e0 ce que nous atteignions une ville appel\u00e9e Valdieri en milieu de matin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s des kilom\u00e8tres de marche dans les montagnes escarp\u00e9es et sur un terrain inconnu, de nombreuses personnes s&rsquo;allongent sur la route, \u00e9puis\u00e9es. J&rsquo;ai accompagn\u00e9 LisI pour interviewer quelques habitants afin d&rsquo;obtenir des informations. Je leur ai demand\u00e9 quel \u00e9tait le meilleur moyen de remonter dans les montagnes dans l&rsquo;autre direction. Nous \u00e9tions \u00e0 la mi-octobre et ils nous ont dit que nous allions geler l\u00e0-haut. Cependant, j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 ne pas rester plus longtemps que n\u00e9cessaire avec des centaines d&rsquo;autres r\u00e9fugi\u00e9s au m\u00eame endroit. J&rsquo;ai pris Hermann \u00e0 part et je lui ai expliqu\u00e9 la situation, y compris ce que Lisi et moi avions appris en parlant aux habitants de la ville. Il partageait mon inqui\u00e9tude, mais semblait se fier davantage \u00e0 la sagesse des dirigeants qui avaient organis\u00e9 la marche qu&rsquo;\u00e0 ce que j&rsquo;avais \u00e0 dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous sommes repos\u00e9s un peu plus longtemps. Il s&rsquo;est \u00e0 nouveau approch\u00e9 de moi et nous avons continu\u00e9 \u00e0 parler. Je ne me souviens pas exactement de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit, mais j&rsquo;ai d\u00fb r\u00e9affirmer que le fait de rester \u00e9tait synonyme de catastrophe imminente. Se replier dans les montagnes permettrait de gagner du temps. Il s&rsquo;est finalement mis \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s et nous avons pris ensemble le chemin que les habitants nous avaient indiqu\u00e9, \u00e0 Lisl et \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Ernst Breuer<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-jetpack-slideshow aligncenter\" data-effect=\"slide\"><div class=\"wp-block-jetpack-slideshow_container swiper-container\"><ul class=\"wp-block-jetpack-slideshow_swiper-wrapper swiper-wrapper\"><li class=\"wp-block-jetpack-slideshow_slide swiper-slide\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"295\" height=\"382\" alt=\"\" class=\"wp-block-jetpack-slideshow_image wp-image-2375\" data-id=\"2375\" src=\"https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Manya-Breuer-nee-Hartmayer.png\" srcset=\"https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Manya-Breuer-nee-Hartmayer.png 295w, https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Manya-Breuer-nee-Hartmayer-232x300.png 232w\" sizes=\"(max-width: 295px) 100vw, 295px\" \/><figcaption class=\"wp-block-jetpack-slideshow_caption gallery-caption\">Manya Breuer (n\u00e9e Hartmayer)<\/figcaption><\/figure><\/li><li class=\"wp-block-jetpack-slideshow_slide swiper-slide\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" alt=\"\" class=\"wp-block-jetpack-slideshow_image wp-image-2379\" data-id=\"2379\" src=\"https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Sketch-of-Manya-Breuer.jpg\" srcset=\"https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Sketch-of-Manya-Breuer.jpg 480w, https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Sketch-of-Manya-Breuer-225x300.jpg 225w\" sizes=\"(max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><figcaption class=\"wp-block-jetpack-slideshow_caption gallery-caption\">Esquisse de Manya Breuer, dessin\u00e9e par sa fille Marsha Breuer<\/figcaption><\/figure><\/li><li class=\"wp-block-jetpack-slideshow_slide swiper-slide\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"445\" alt=\"\" class=\"wp-block-jetpack-slideshow_image wp-image-2382\" data-id=\"2382\" src=\"https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Ernst-Breuer-in-his-Austrian-Air-Force-uniform.jpg\" srcset=\"https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Ernst-Breuer-in-his-Austrian-Air-Force-uniform.jpg 640w, https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Ernst-Breuer-in-his-Austrian-Air-Force-uniform-300x209.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption class=\"wp-block-jetpack-slideshow_caption gallery-caption\">Ernst Breuer dans son uniforme de l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;air autrichienne<\/figcaption><\/figure><\/li><li class=\"wp-block-jetpack-slideshow_slide swiper-slide\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"276\" height=\"385\" alt=\"\" class=\"wp-block-jetpack-slideshow_image wp-image-2385\" data-id=\"2385\" src=\"https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Ernst-Breuer-in-French-Army-underground-uniform.png\" srcset=\"https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Ernst-Breuer-in-French-Army-underground-uniform.png 276w, https:\/\/ame43.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Ernst-Breuer-in-French-Army-underground-uniform-215x300.png 215w\" sizes=\"(max-width: 276px) 100vw, 276px\" \/><figcaption class=\"wp-block-jetpack-slideshow_caption gallery-caption\">Ernst Breuer en uniforme de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise dans la clandestinit\u00e9<\/figcaption><\/figure><\/li><\/ul><a class=\"wp-block-jetpack-slideshow_button-prev swiper-button-prev swiper-button-white\" role=\"button\"><\/a><a class=\"wp-block-jetpack-slideshow_button-next swiper-button-next swiper-button-white\" role=\"button\"><\/a><a aria-label=\"Pause Slideshow\" class=\"wp-block-jetpack-slideshow_button-pause\" role=\"button\"><\/a><div class=\"wp-block-jetpack-slideshow_pagination swiper-pagination swiper-pagination-white\"><\/div><\/div><\/div>\n\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici deux extraits des journaux des parents de Gregory Breuer. La description des Marches par sa m\u00e8re est incluse dans son journal de 400 pages et contient des descriptions vivantes &#8230; <a title=\"Extraits des deux journaux de Manya Hartmayer et d&rsquo;Ernst Breuer\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/ame43.org\/fr\/extraits-des-deux-journaux-de-manya-hartmayer-et-dernst-breuer\/\" aria-label=\"En savoir plus sur Extraits des deux journaux de Manya Hartmayer et d&rsquo;Ernst Breuer\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"class_list":{"0":"post-2425","1":"page","2":"type-page","3":"status-publish","5":"no-featured-image-padding"},"acf":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2425","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2425"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2425\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2428,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2425\/revisions\/2428"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2425"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}