{"id":5320,"date":"2025-08-31T18:21:10","date_gmt":"2025-08-31T18:21:10","guid":{"rendered":"https:\/\/ame43.org\/?p=5320"},"modified":"2025-08-31T18:51:59","modified_gmt":"2025-08-31T18:51:59","slug":"mon-chemin-vers-saint-martin-vesubie-pour-la-marche-de-la-memoire-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ame43.org\/fr\/2025\/08\/mon-chemin-vers-saint-martin-vesubie-pour-la-marche-de-la-memoire-2024\/","title":{"rendered":"Mon chemin vers Saint Martin V\u00e9subie pour la Marche de la M\u00e9moire 2024"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>15 septembre 2024 &#8211; Col de la Cerise<\/strong><\/p>\n\n<p>Je suis au Col de Cerise avec le groupe venant de Saint Martin V\u00e9subie et ceux venant de Borgo San Dalmazzo, Italie. Nous chantons O Bela Ciao. Il est midi, le 15 septembre 2024. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je viens \u00e0 Saint-Martin. Mais&#8230; Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi maintenant ?<\/p>\n\n<p><strong>2022 &#8211; \u00c0 la recherche du pass\u00e9<\/strong><\/p>\n\n<p>En 2022, mon p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 que je ne pourrais plus jamais lui poser de questions sur sa vie ou ses pens\u00e9es. Quelques semaines plus tard, ma s\u0153ur A\u00edda m&rsquo;a envoy\u00e9 une copie de l&rsquo;acte de naissance de ma m\u00e8re, qui \u00e9tait n\u00e9cessaire pour les formalit\u00e9s administratives cons\u00e9cutives au d\u00e9c\u00e8s de mon p\u00e8re. Elle contenait les noms de ma m\u00e8re, bien s\u00fbr, mais aussi de ses parents et grands-parents. Pour la premi\u00e8re fois, je me suis rendu compte du peu de choses que moi, ma m\u00e8re et ma s\u0153ur savions sur sa famille. Mes arri\u00e8re-grands-parents, qui n&rsquo;avaient jamais fait partie de ma vie, sont devenus r\u00e9els et j&rsquo;ai ressenti le besoin de les rechercher.<\/p>\n\n<p>Je me concentrerai ici sur la famille de ma grand-m\u00e8re, qui est celle li\u00e9e \u00e0 Saint-Martin. Lorsque j&rsquo;ai commenc\u00e9 mes recherches, tout ce que je savais, c&rsquo;est que de 1928 \u00e0 1933, ma grand-m\u00e8re avait v\u00e9cu \u00e0 Barcelone avec son p\u00e8re, Enrique (Henri, Herscek, Henryk, Herschel, Heinrich) Cukier, sa seconde femme, Rosa, et leurs enfants. Il \u00e9tait tailleur et, apparemment, toute la famille avait d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 au Br\u00e9sil en 1936. Je ne savais rien de mon arri\u00e8re-grand-m\u00e8re, Frajda.<\/p>\n\n<p>Apr\u00e8s plusieurs semaines de recherches sur Internet, je n&rsquo;ai pu trouver aucune trace de mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, Enrique Cukier. Il n&rsquo;y avait qu&rsquo;un seul Enrique Cucker, qui s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9 au Br\u00e9sil en 1956, mais j&rsquo;ai rejet\u00e9 cette information \u00e0 plusieurs reprises, car le nom de famille et les dates ne correspondaient pas. Mais un jour, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de cliquer sur le lien et j&rsquo;ai d\u00e9couvert la carte d&rsquo;immigration d&rsquo;un tailleur polonais, ainsi que la photographie d&rsquo;un homme qui devait tr\u00e8s certainement \u00eatre mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re. Il ressemblait \u00e9trangement \u00e0 ma grand-m\u00e8re, m\u00eame si elle \u00e9tait bien plus belle !  <\/p>\n\n<p>Cette d\u00e9couverte est devenue mon point de d\u00e9part. Peu \u00e0 peu, j&rsquo;ai d\u00e9couvert une mine d&rsquo;informations &#8211; documents, t\u00e9moignages&#8230; Enrique et sa famille n&rsquo;ont pas d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 au Br\u00e9sil en 1936, mais en Uruguay en 1948. Que s&rsquo;est-il pass\u00e9 entre-temps ?<\/p>\n\n<p><strong>1887 &#8211; 1924 : Zwolen &#8211; Varsovie &#8211; Katowice &#8211; Paris &#8211; Madrid<\/strong><\/p>\n\n<p>Ma grand-m\u00e8re, Fanny (Fajga-Ruchla), \u00e9tait la fille du premier mariage d&rsquo;Enrique. Elle est n\u00e9e \u00e0 Varsovie en 1913, o\u00f9 vivaient Enrique et Frajda, sa premi\u00e8re femme, et o\u00f9 Enrique travaillait comme tailleur. Enrique et Frajda sont n\u00e9s \u00e0 Zwolen, en Pologne, respectivement en 1891 et 1887. Ils ont \u00e9galement eu un fils. Le mariage ne s&rsquo;est pas bien pass\u00e9 et ils ont divorc\u00e9.<\/p>\n\n<p>\u00c0 partir de 1914, Enrique a servi dans les arm\u00e9es russe et sovi\u00e9tique pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale et a fini dans le camp allemand de prisonniers de guerre pour les soldats russes et roumains \u00e0 Katowice. Il pouvait aller et venir, sans avoir \u00e0 passer la nuit dans le camp. Lors d&rsquo;une de ces sorties, vers 1919, Enrique rencontre Rosa, n\u00e9e \u00e0 Czestochowa en 1901. Leur premier enfant, Federico, est n\u00e9 \u00e0 Katowice en 1920.  <\/p>\n\n<p>En 1920, Katowice faisait partie de l&rsquo;Allemagne, mais en 1922, apr\u00e8s le pl\u00e9biscite de Haute-Sil\u00e9sie, elle a \u00e9t\u00e9 rattach\u00e9e \u00e0 la Pologne. La vie \u00e0 Katowice &#8211; comme dans beaucoup d&rsquo;autres endroits &#8211; est devenue tr\u00e8s difficile pour les Juifs, et Enrique et Rose ont d\u00e9cid\u00e9 de partir pour Paris, dans l&rsquo;espoir d&rsquo;un avenir meilleur pour leur famille. Mais Enrique s&rsquo;est vite rendu compte qu&rsquo;il \u00e9tait assez compliqu\u00e9 pour un tailleur polonais de travailler l\u00e9galement \u00e0 Paris. C&rsquo;est pourquoi, en 1923-1924, ils ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Madrid, o\u00f9 vivait Julio (Yehuda), le fr\u00e8re de Rosa. Leur deuxi\u00e8me enfant, Tula, est n\u00e9 \u00e0 Madrid.<\/p>\n\n<p><strong>1924 &#8211; 1934 : Madrid &#8211; Barcelone &#8211; Canaries\/Tanger<\/strong><\/p>\n\n<p>Un an plus tard, ils d\u00e9m\u00e9nagent \u00e0 nouveau, cette fois \u00e0 Barcelone. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, la ville offrait de bien meilleures opportunit\u00e9s \u00e0 Enrique, avec une industrie de l&rsquo;habillement florissante et une pr\u00e9sence juive importante dans ce secteur. \u00c0 Barcelone, le troisi\u00e8me enfant, Regina, est n\u00e9 en 1927, et le quatri\u00e8me, Fernando, en 1929. Alors qu&rsquo;il vivait \u00e0 Barcelone, Enrique a fait venir ma grand-m\u00e8re, qui se trouvait \u00e0 Varsovie, et elle est arriv\u00e9e en 1928 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 15 ans. Cette d\u00e9cision lui a sans doute sauv\u00e9 la vie. Sa m\u00e8re, Frajda, a p\u00e9ri dans le ghetto de Varsovie en 1941 et son fr\u00e8re, partisan, a \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 par les Allemands.  <\/p>\n\n<p>Vers 1931, ma grand-m\u00e8re a rencontr\u00e9 mon grand-p\u00e8re, Salomon, originaire de Sokal, \u00e0 Barcelone, et en septembre 1933 est n\u00e9e ma m\u00e8re, A\u00edda. Ils ont d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;\u00e9migrer en Argentine et, dans un premier temps, ils se sont install\u00e9s \u00e0 Gran Canaria en 1934. Au m\u00eame moment, Enrique et Rosa d\u00e9cident de s&rsquo;installer \u00e0 Tanger, probablement en raison de l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir d&rsquo;Hitler en Allemagne et de l&rsquo;instabilit\u00e9 politique en Espagne.<\/p>\n\n<p>En 1935, Salomon, qui avait d\u00e9j\u00e0 s\u00e9journ\u00e9 en Argentine de 1926 \u00e0 1930, s&rsquo;y rend \u00e0 nouveau pour obtenir les visas de Fanny et d&rsquo;A\u00edda. Mais la guerre civile a \u00e9clat\u00e9 et les \u00eeles Canaries se sont retrouv\u00e9es isol\u00e9es du reste du monde jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Pendant cette p\u00e9riode, Fanny a perdu le contact avec Salomon et Enrique et elle ne les recontactera plus jamais. Fanny et A\u00edda sont rest\u00e9es aux \u00eeles Canaries, \u00e0 Tenerife, o\u00f9 ma s\u0153ur et moi sommes n\u00e9es.<\/p>\n\n<p><strong>1934 &#8211; mars 1943 : Tanger &#8211; Barcelone &#8211; Chestojowa &#8211; Merano &#8211; Nice<\/strong><\/p>\n\n<p>Comme je l&rsquo;ai mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, Enrique et sa famille se sont install\u00e9s \u00e0 Tanger en 1934. Mais en 1936, alors que la guerre civile fait rage en Espagne, ils d\u00e9cident de retourner \u00e0 Barcelone, probablement pour obtenir des papiers qui leur permettraient de se rendre en Am\u00e9rique du Sud, o\u00f9 ils seraient en s\u00e9curit\u00e9. Barcelone \u00e9tait du c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicain et, m\u00eame si ce n&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre pas le meilleur endroit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque en raison de la guerre, Enrique \u00e9tait conscient du fait que la plupart des pays europ\u00e9ens n&rsquo;autorisaient pas l&rsquo;entr\u00e9e l\u00e9gale des Juifs munis d&rsquo;un passeport polonais.<\/p>\n\n<p>En f\u00e9vrier 1937, les forces nationalistes de Franco ont commenc\u00e9 \u00e0 bombarder Barcelone et, quelque temps plus tard, les Cuckers ont d\u00e9cid\u00e9 de traverser les Pyr\u00e9n\u00e9es. Comme ils avaient des passeports polonais en cours de validit\u00e9, les Fran\u00e7ais leur ont dit qu&rsquo;ils ne pouvaient pas rester l\u00e0. Au printemps 1937, ils se retrouvent donc en Pologne, \u00e0 Chestojowa, la ville natale de Rosa. Mais le<sup>17<\/sup> juin, ce que l&rsquo;on appelle le troisi\u00e8me pogrom de Chestojowa a \u00e9clat\u00e9, et il \u00e9tait clair pour eux qu&rsquo;ils devaient fuir vers un pays plus s\u00fbr.<\/p>\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;Am\u00e9rique du Sud n&rsquo;\u00e9tait pas une option en raison des restrictions \u00e0 l&rsquo;immigration. Comme les enfants parlent italien, puisqu&rsquo;ils ont fr\u00e9quent\u00e9 le lyc\u00e9e italien de Tanger, Enrique et Federico se rendent au consulat italien de Varsovie et r\u00e9ussissent \u00e0 obtenir des visas pour entrer dans le pays. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;Italie \u00e9tait un endroit plus favorable que d&rsquo;autres pour une famille juive, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de Mussolini au pouvoir. Ils s&rsquo;installent \u00e0 Merano, dans le Tyrol du Sud, o\u00f9 Rosa et Enrique ont l&rsquo;avantage de parler allemand. Mais le 9<sup> <\/sup>mars 1939, ils furent contraints de quitter Merano, car les lois raciales de Mussolini d&rsquo;octobre 1938 avaient fix\u00e9 cette date comme limite pour que les Juifs arriv\u00e9s en Italie apr\u00e8s 1919 quittent le pays. Ils sont entr\u00e9s en France en traversant ill\u00e9galement les montagnes et se sont install\u00e9s \u00e0 Nice jusqu&rsquo;en mars 1943.<\/p>\n\n<p><strong>Mars 1943 &#8211; septembre 1943 : Saint Martin V\u00e9subie &#8211; San Giacomo &#8211; Entracque &#8211; Valdieri &#8211; Cuneo &#8211; Rome<\/strong><\/p>\n\n<p>En mars 1943, la famille d&rsquo;Enrique fait partie des familles juives vivant dans la zone d&rsquo;occupation italienne que les Italiens d\u00e9cident d&rsquo;installer dans des villes des Alpes Maritimes. Les Italiens \u00e9vitent de livrer ces familles aux Allemands dans la zone d&rsquo;occupation fran\u00e7aise, arguant qu&rsquo;elles sont d\u00e9j\u00e0 intern\u00e9es dans ces villes.<\/p>\n\n<p>\u00c0 Saint-Martin, les fr\u00e8res et s\u0153urs, de Fernando, 13 ans, \u00e0 Federico, 22 ans, ont pass\u00e9 un printemps et un \u00e9t\u00e9 merveilleux, malgr\u00e9 les circonstances atroces. Ils ont r\u00e9par\u00e9 une piscine, sont all\u00e9s \u00e0 la rivi\u00e8re, \u00e0 la montagne, et ont probablement organis\u00e9 des soir\u00e9es dansantes, avec ou sans l&rsquo;accord de l&rsquo;Italie. Ils vivaient dans un environnement exceptionnel. Max, le petit ami et futur mari de Tula, \u00e9tait \u00e9galement pr\u00e9sent avec ses parents. Pour Enrique et Rosa, cela a d\u00fb \u00eatre une p\u00e9riode d&rsquo;incertitude et d&rsquo;angoisse.<\/p>\n\n<p>Le 9 septembre, apr\u00e8s l&rsquo;armistice italien, alors que les Allemands occupaient la r\u00e9gion, ils ont fui vers l&rsquo;Italie par le Col de Fenestre. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un groupe de onze personnes (Enrique et Rosa, les enfants, la famille de Max et un autre couple) &#8230; et un chien. Ils ont franchi le col en portant des v\u00eatements et des chaussures ordinaires, avec des sacs \u00e0 dos cousus par Enrique. Ils sont arriv\u00e9s du col \u00e0 San Giacomo, et de l\u00e0 ils ont march\u00e9 vers Entracque, o\u00f9 ils ont trouv\u00e9 des bo\u00eetes de conserve laiss\u00e9es par les carabiniers, et enfin vers Valdieri o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 aid\u00e9s par le maire et le pr\u00eatre.<\/p>\n\n<p>R\u00e9alisant que les Allemands avaient \u00e9galement envahi l&rsquo;Italie, ils ont d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait trop dangereux de rester dans la r\u00e9gion (une \u00e9valuation malheureusement correcte). Ils ont dormi une nuit \u00e0 Borgo mais sont partis avant que les Allemands n&rsquo;ouvrent le camp d&rsquo;internement \u00e0 cet endroit. (Plus tard, les Allemands ont incit\u00e9, par des tracts affich\u00e9s dans toute la r\u00e9gion, les Juifs de Saint-Martin V\u00e9subie \u00e0 se rendre <strong>&#8211;<\/strong>ceux qui se sont retrouv\u00e9s \u00e0 Borgo ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s \u00e0 Auschwitz, ainsi que ceux qui sont rest\u00e9s \u00e0 Saint-Martin). Ils ont donc march\u00e9 vers Cuneo. Ils avaient l&rsquo;avantage de parler l&rsquo;italien, ce qui pouvait les aider \u00e0 se faire passer pour des paysans en cas de rencontre avec des SS allemands, \u00e9vitant ainsi d&rsquo;\u00eatre reconnus comme des r\u00e9fugi\u00e9s de Saint-Martin. \u00c0 Cuneo, ils ont achet\u00e9 des billets de train pour Rome, via G\u00eanes, Florence et Pise. Ils sont rest\u00e9s \u00e0 Rome jusqu&rsquo;en 1948, se cachant jusqu&rsquo;au 4 juin 1944, date de la lib\u00e9ration de Rome.<\/p>\n\n<p><strong>1943 &#8211; 1948 &#8211; Rome &#8211; Urugay, le Br\u00e9sil et le monde !<\/strong><\/p>\n\n<p>De Rome, ils ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 en Uruguay, puis au Br\u00e9sil. Aujourd&rsquo;hui, nous, leurs descendants, sommes r\u00e9partis dans le monde entier : Miami, Los Angeles, Nouveau Mexique, Porto Rico, Panama, S\u00e3o Paulo, Montevideo, Mexico, Hong Kong, Suisse, Londres, Madrid et Tenerife.<\/p>\n\n<p><strong>2023 &#8211; Aujourd&rsquo;hui : Reprise de contact<\/strong><\/p>\n\n<p>Le 4 ao\u00fbt 2023, quatre-vingt-dix ans apr\u00e8s que ma grand-m\u00e8re a perdu le contact avec sa famille, j&rsquo;ai envoy\u00e9 un courriel \u00e0 Felipe, le fils a\u00een\u00e9 de Federico et le petit-fils a\u00een\u00e9 d&rsquo;Enrique, pour me pr\u00e9senter. Il m&rsquo;a r\u00e9pondu et, \u00e0 ma grande surprise, il m&rsquo;a dit qu&rsquo;ils connaissaient notre existence et qu&rsquo;ils nous avaient cherch\u00e9s, sans succ\u00e8s. Quelques jours plus tard, j&rsquo;ai eu un appel vid\u00e9o avec Marcos, le fils a\u00een\u00e9 de Fernando, et quelques jours plus tard une r\u00e9union Zoom avec ma m\u00e8re, ma s\u0153ur et tous les petits-enfants d&rsquo;Enrique et Rosa. C&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s \u00e9mouvant.<\/p>\n\n<p>En d\u00e9cembre 2023, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Felipe \u00e0 Barcelone, o\u00f9 nous avons visit\u00e9 les lieux o\u00f9 Enrique et Rosa, les enfants et ma grand-m\u00e8re, Fanny, avaient v\u00e9cu, les \u00e9coles,&#8230;<\/p>\n\n<p>En avril 2024, ma s\u0153ur, mon \u00e9pouse Myriam et moi-m\u00eame nous sommes rendues \u00e0 S\u00e3o Paulo pour rencontrer une partie de la famille \u00e0 l&rsquo;occasion de la Bar Mitzvah d&rsquo;un des arri\u00e8re-petits-enfants d&rsquo;Enrique, le fils de Marcos. Ce fut une exp\u00e9rience incroyable et j&rsquo;ai m\u00eame eu ma propre Bar Mitzvah ! (M\u00eame si, \u00e0 63 ans, j&rsquo;ai peut-\u00eatre un peu d\u00e9pass\u00e9 l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;enfance&#8230;).<\/p>\n\n<p><strong>15 septembre 2024 &#8211; Col de la Cerise&#8230; et plus encore<\/strong><\/p>\n\n<p>Au cours de mes recherches, je suis \u00e9galement tomb\u00e9 sur la <em>Marche de la M\u00e9moire<\/em> et j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de la rejoindre en 2024. Ce fut une exp\u00e9rience inoubliable : arriv\u00e9e le vendredi pour la c\u00e9r\u00e9monie des Stolpersteine et le d\u00eener de Shabat, participation \u00e0 divers \u00e9v\u00e9nements et ascension (et descente) du col de la Cerise, l&rsquo;un des itin\u00e9raires emprunt\u00e9s par les familles juives fuyant Saint Martin V\u00e9subie vers l&rsquo;Italie. Au Col, il y avait des gens de tous \u00e2ges : des adultes, des enfants et un brave homme de 80 ans avec son petit-fils ! Ce fut une exp\u00e9rience profond\u00e9ment \u00e9mouvante, une occasion de partager des pens\u00e9es et des histoires avec d&rsquo;autres descendants de survivants, et m\u00eame l&rsquo;occasion d&rsquo;acheter des livres sur les \u00e9v\u00e9nements de 1943 \u00e0 la librairie locale. Je tiens \u00e0 remercier David et le reste de l&rsquo;\u00e9quipe pour leur gentillesse et leur excellente organisation avant et pendant le week-end.<\/p>\n\n<p>Le lundi 16 septembre, j&rsquo;ai travers\u00e9 l&rsquo;Italie (en voiture cette fois), m&rsquo;arr\u00eatant \u00e0 San Giacomo &#8211; le premier endroit o\u00f9 ma famille est arriv\u00e9e &#8211; puis \u00e0 Entracque, o\u00f9 ils se sont repos\u00e9s sur la place du village, ensuite \u00e0 Valdieri (o\u00f9 j&rsquo;ai pris un excellent d\u00e9jeuner), et enfin \u00e0 Borgo San Dalmazzo, o\u00f9 j&rsquo;ai pass\u00e9 un peu de temps au m\u00e9morial, en l&rsquo;honneur des Juifs pers\u00e9cut\u00e9s de Saint Martin V\u00e9subie. De l\u00e0, je me suis rendu \u00e0 Cuneo, o\u00f9 j&rsquo;ai visit\u00e9 la gare et le magnifique centre-ville.<\/p>\n\n<p>De Cuneo, j&rsquo;ai continu\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 Nice, o\u00f9 mon cher ami Bernard &#8211; que j&rsquo;avais rencontr\u00e9 \u00e0 Saint Martin &#8211; et sa merveilleuse \u00e9pouse m&rsquo;ont accueilli. Ensemble, nous avons visit\u00e9 la synagogue et parcouru les rues du centre-ville et de Cimiez qu&rsquo;Enrique et sa famille avaient s\u00fbrement fr\u00e9quent\u00e9es. Nous avons \u00e9galement rencontr\u00e9 M. Jean-Louis Panicacci au <em><a href=\"http:\/\/www.musee-resistance-azureenne.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Mus\u00e9e de la R\u00e9sistance Azur\u00e9enne<\/a><\/em>dont il est le pr\u00e9sident. J&rsquo;ai \u00e9galement pris le temps de visiter Sospel, o\u00f9 le fils a\u00een\u00e9 d&rsquo;Enrique et Rosa avait \u00e9t\u00e9 bri\u00e8vement intern\u00e9 \u00e0 la Caserne en 1941.<\/p>\n\n<p>Dans l&rsquo;ensemble, ce fut un voyage incroyable, que j&rsquo;esp\u00e8re r\u00e9p\u00e9ter cette ann\u00e9e. Et cette fois-ci, si tout se passe comme pr\u00e9vu, nous serons plus de 15 descendants de notre famille \u00e0 travers le monde !<\/p>\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Alvaro Diaz<\/em><\/p>\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alvaro Diaz raconte comment la mort de son p\u00e8re l&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir son lien avec Saint Martin V\u00e9subie et \u00e0 participer \u00e0 la Marche de la M\u00e9moire de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re. <a href=\"https:\/\/ame43.org\/fr\/2025\/08\/mon-chemin-vers-saint-martin-vesubie-pour-la-marche-de-la-memoire-2024\/\" class=\"readmore\">Read More &raquo;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[81],"tags":[],"class_list":["post-5320","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-50","no-featured-image-padding"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5320","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5320"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5320\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5335,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5320\/revisions\/5335"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5320"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5320"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ame43.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5320"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}